Bactéries 3000. André Caroff, Fleuve Noir coll. « Anticipation », 1979.

Parfois, l’on trouve de ces curiosités en fouinant dans les vide-greniers. Il suffit d’un titre intrigant pour craquer. Avec Bactéries 3000, pas besoin de chercher midi à quatorze heures. Il est question dans ce roman d’André Caroff de bactéries, ou à tout le moins de microbes, et l’histoire se déroule en l’an 3000. D’où le titre.

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vol0-b-atomos.jpgAndré Caroff (1920-2009), à qui l’on doit surtout la saga de Madame Atomos (dix-huit romans publiés au Fleuve Noir entre 1964 et 1979, mettant en scène une Japonaise désireuse de venger Hiroshima et Nagasaki), a également écrit quelques romans indépendants, dont le présent Bactéries 3000.

L’an 3000, donc, où le futur semble avoir oublié d’advenir. Hormis quelques aérojets en guise de transports privés, et de visiaphones pour communiquer, rien n’ancre vraiment le roman dans ce futur lointain. Mais une mystérieuse épidémie fait des ravages : la stépule. Contre cette infection, apparemment un combo bactérien, rien n’est possible. L’infirmière Sunie Taylor découvre que son petit ami, Bruce, est atteint de cette maladie, quoique les tests se révèlent tous négatifs. A croire que la stépule joue à cache-cache… Mais Bruce adopte un comportement étrange. Avec l’aide du docteur Rod Garaway, Sunie tente de savoir ce qu’il se passe. Lorsqu’elle s’en désintéresse et se met à adopter une conduite inhabituelle (c’est-à-dire coucher avec tout mâle à sa portée), Garaway se doute que la situation est vraiment anormale. De fait, la population humaine est en cours de contamination par des « micro-bulles », micro-organismes peut-être à l’origine de la vie sur Terre, peut-être pas… Et Garaway est devenu l’homme à abattre par les micro-bulles.

Bactéries 3000 commence à la manière d’un thriller médical avant de bifurquer vers le thriller tout court, sous influence L’Invasion des profanateurs ou Les Marionnettes humaines – les humains contaminés deviennent tous indolents (L’Invasion…), esclaves de leurs hôtes (Les Marionnettes…). Les micro-bulles promettent la paix à l’humanité, mais Garaway se refuse à n’être qu’un véhicule pour association microbienne. A la différence des romans précités, l’histoire se termine mal. Sûrement moins par pessimisme que par contrainte éditoriale, parce que le format Fleuve Noir Anticipation et ses quelque 220 pages n'aurait pas permis de longs développements, narrant comme Garaway sauve l’humanité toute entière (à moins d'une suite, qu'on aurait probablement titrée Bactéries 3001). Bref, le roman va très vite, et la fin est expéditive au possible.

Dire du mal d’un vieux Fleuve Noir Anticipation revient à tirer sur l’ambulance. Bactéries 3000 propose une action trépidante mais une intrigue qui ne sait pas trop où elle va. Cela s’en ressent sur les personnages : centrée d’abord sur Sunie Taylor, la focalisation se déplace peu à peu vers Rod Garaway – qui finira par tuer Sunie lorsque la contamination de celle-ci ne laisse plus d’équivoque. Les personnages justement ne dépassent guère la caricature, la description du futur est à l'avenant (en l’an 3000, le personnel infirmier est toujours féminin, et les docteurs sont tous des hommes). Enfin, ce roman de SF, côté science, est à même de susciter de nombreux sourires un peu embarrassés. (Imaginez la Science personnifiée, lors d’une fête un peu trop arrosée, qui danse à poil sur une table, le slip sur la tête.)

« [La stépule] était tout à la fois un virus, un ferment, une spore, et beaucoup de scientifiques, le professeur Jonas Walker entre autres, pensaient que la stépule n’était rien de plus qu’un agrégat hétérogène de diverses maladies s’étant plus ou moins immunisées contre l’effet des médicaments existants. » p.15

Bref, un roman oublié et oubliable, à l'intérêt essentiellement archéologique.

Introuvable : en occasion, non
Illisible : pas loin
Inoubliable : non