Voilà tout juste sept semaines que l’homme des bois n’avait donné de ses nouvelles. Jour après jour, le mois d’août – réputé pour être celui où la plupart des plantes peuvent se bouturer – s’est déroulé à toute allure. Il a d’abord fallu finir les textes composant un des livrets de la prochaine exposition, à la Maison d’Ailleurs. Deux longs essais. Le premier sur l’itinéraire littéraire de Lovecraft, les conditions d’édition de son œuvre et sa réception critique. L’autre sur Tolkien, structuré à peu près de la même manière. Et enfin un article plus court, sur la notion d’univers étendu – complété par une typologie décrite par Marc Atallah (le boss). Puis dans la foulée, il a fallu finaliser un article promis à la rédaction de Bifrost, pour son spécial Tolkien – qui soit totalement différent de celui écrit pour la Maison d’Ailleurs… et il est, puisqu’il se concentre sur un point de réception critique en France, pas même évoqué dans le premier essai. A ce sujet, j’ai jeté un œil sur le forum du Bélial où s’est tenue une discussion sur l’opportunité d’un numéro consacré à Tolkien et la possibilité – mise en doute par quelques petits malins – de dire/écrire quelque chose de neuf sur le sujet. Ma foi, je pense que jamais personne n’a traité le sujet de mon papier. A vérifier – il faut se méfier des petits malins, parfois certains le sont davantage qu’ils ne le paraissent…

Arrivé à la moitié du mois, je n’avais toujours pas eu le temps de faire des boutures. Et j’ai dû prendre place dans les bagages de ma compagne pour l’accompagner d’abord dans sa famille en Auvergne, puis chez la famille Girardot-Corbel en Ardèche. L’idée était de profiter de cet éloignement des petites contraintes de la vie au quotidien et au fond des bois, pour finir d’écrire la musique de Bleu et de l’enregistrer chez le Jiji – qui ne part jamais en vacances à la montagne sans embarquer un studio mobile. La veille du départ, j’avais passé une douzaine d’heures d’affilée à enregistrer la voix de Bleu et je partais donc avec la base nécessaire pour finaliser un habillage musical, l’enregistrer et mixer l’ensemble. Cette année encore, le bouturage sera reporté en septembre – avec la perspective d’une réussite moindre, mais tant pis.

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En Auvergne, j’ai surtout fait des photos. En Ardèche, nous avons commencé par faire le point sur la réception des deux premiers livres audio. Concernant La Dernière Chance, les remarques (vos remarques) vont toutes dans le même sens : on n’entend pas assez la voix et on ne voit pas trop l’intérêt de la faire sonner aussi bizarrement (parfois) alors que la musique est déjà suffisamment bizarre (quasi tout le temps). Pas faux. En studio, avec des enceintes d’écoute spécifiques (avec un rendu aussi neutre que possible et qui ne flatte surtout pas le son final), la voix n’est pas écrasée par la musique. Chez moi, sur ma chaîne hi-fi survitaminée avec des enceintes dans tous les coins, c’est également tout bon : les infrabasses remplissent le salon, du sol jusqu’à la hauteur des genoux, la musique tourne le long des murs avec des montées en aigu vers le plafond, et la voix est bien posée au milieu, très présente. Façon auditorium sous acide. Par contre, exporté en mp3 (donc tel que proposé sur le site du Bélial) et écouté directement sur mes ordinateurs (l’un est pourtant connecté à une chaîne avec ampli Technics et enceintes Bang & Olufsen ; l’autre bénéficie d’un système d’écoute 5.1 pas mauvais du tout avec un gros caisson de basse), c’est vrai que la voix est lointaine et semble venir du fin fond d’une casserole en inox achetée deux euros à la fin des vacances sur un marché à un saisonnier pressé de prendre à son tour des vacances avec l’argent escroqué aux gogos parisiens venus se faire bronzer le zguègue sur l’île de Ré (on se demande bien pourquoi ces idiots de parigots achètent des casseroles sur l’île de Ré, il y a les mêmes à Barbès avec un son tout aussi pourri !). Bref. J’avais donc décidé de remixer tout cela fissa juste en remontant la voix après avoir viré les effets – et le Jiji de se rallier à cette idée ; la voix a donc été peu à peu déshabillée de tous les effets (compression, déesseur, etc.) pour se retrouver, au final, avec juste la petite pointe de réverbération naturelle, provenant de la pièce dans laquelle j’avais enregistrée (à Saint-Étienne, à l’automne d’avant) ; la musique a été repoussée de -10dB ; puis ponctuellement remontée d’un ou deux dB de-ci, de-là ; puis des percussions ont été remixées à leur tour, tout aussi ponctuellement ; puis, etc. Bref, ce qui, dans mon idée, aurait du se faire en deux heures, a pris (avec un Jiji toujours aussi perfectionniste – avec moi, ça fait une moyenne) cinq jours (et j’exagère à peine).

Mais le résultat valait le travail. Enthousiasmé par le nouveau mixage, la direction générale des Éditions du Bélial a procédé sans tarder à une mise en ligne du nouveau mixage, à la place de l’ancien. Donc si vous allez sur le site pour écouter l’extrait téléchargeable, vous entendrez, je pense, une nette différence. Plus besoin de s’accrocher à la voix pour ne pas perdre le fil de l’histoire au milieu des synthés grignoteurs de neurones. C’est tout bon. Et je crois savoir que la même direction générale des Éditions du Bélial est d’accord pour donner gratuitement le nouveau mixe à toute personne ayant acheté l’ancien. Voilà qui est dit. Sinon, les puristes (ainsi que les snobs) peuvent toujours acquérir une version « en dur » sur CD, directement auprès de l’homme des bois (renseignements : francis.valery@mail.be) ; version qui, à mes oreilles, a l’immense mérite d’être en .wav et non en .mp3. Donc à écouter sur un lecteur de salon en « qualité CD » comme on dit.

Mais toute médaille à son revers : j’étais de retour chez moi avec une Dernière Chance toute neuve mais sans avoir travaillé sur Bleu. Et incidemment sans avoir fait de boutures – mais je sens bien, à ce point de mon récit, que tout le monde se dit qu’il commence à nous faire suer avec ses histoires de boutures. J’avais pourtant emporté avec moi un enregistreur numérique, mon ordinateur portable, du papier musique et plein de stylos – et dès mon arrivée, Jiji avait mis à ma disposition une de ses PRS et un petit ampli Fender. Mais que voulez-vous…

Un nouveau chantier s’est alors ouvert : l’audio-guide de la prochaine exposition de la Maison d’Ailleurs. Je dois d’abord sélectionner 17 « objets » au sein de la liste de tout ce qui sera montré. Pourquoi 17 ? Cela tient à l’organisation du bâtiment principal : le nombre de salles, le nombre de vitrines de chaque salle, le parcours effectué par le visiteur avec des points d’accroche. Les objets doivent être choisis parmi des sous-ensembles – en particulier dans le grand rez-de-chaussée où est présentée une chronologie de la SF par décennies (chaque décennie doit être représentée par un objet). Reste alors, pour chaque objet, à écrire un texte de deux à trois feuillets, histoire de le présenter, de le situer dans l’exposition (pourquoi a-t-il été choisi ? que raconte-t-il ?) et de l’insérer dans l’histoire de la SF, d’en faire le prétexte d’un développement plus théorique (ce qu’il permet de raconter, l’objet devient prétexte à une érudition de bon ton et accessible à tous). Sachant que l’immense majorité des visiteurs ne connait pas grand-chose à la SF (en tout cas ce ne sont certainement pas des fans !) et que le public est majoritairement familial. Il faut donc intéresser les gens, leur faire découvrir quelque chose, tout en restant léger, trouver la bonne distance entre texte muséographique d’un certain sérieux tout de même et anecdotes amusantes, inattendues, surprenantes. Je n’étonnerai personne en disant qu’il me faut une journée entière – ou peu s’en faut – pour chercher dans ma documentation, prendre des notes, envisager une structure pour l’article et décider de son contenu, et finalement l’écrire. Je dois ensuite procéder aux enregistrements et aux exports en mp3 qui sont alors mis en ligne sur le site de la MdA. Le visiteur n’aura plus qu’à scanner un code visuel apposé sur la vitrine contenant l’objet, pour déclencher le mp3 sur son téléphone portable. Enfin, je crois que ça marche comme ça – je n’ai jamais essayé. Tout cela pour le 15 septembre. Autant dire que ça va être chaud-chaud pour trouver le temps de bouturer quelques plantes – je voudrais poursuivre la plantation de haies et bouturer est la seule solution envisageable, pour d’évidentes raisons financières. Quant à Bleu

Voilà. J’écris ces mots le 17 septembre. J’ai deux jours de retard sur mon planning – et il me reste à écrire quatre textes : puis à enregistrer l’ensemble. Heureusement que je me donne toujours une petite marge. J’ai tenu à prendre un moment pour donner des nouvelles – et surtout pour vous dire, à propos du nouveau mixage de La Dernière chance. J’espère avoir fini textes et enregistrements pour mardi prochain. J’attaquerai de suite la musique de Bleu. Pour les boutures, ça risque d’être un peu tard. A tout bientôt, les amis !