En cette année 1965, il aurait fallu habiter sur une autre planète – et encore – pour passer à côté des premières chansons, tant elles étaient omniprésentes sur les ondes, de celui que l’on surnomma immédiatement « le Bob Dylan anglais ». Cinquante ans plus tard, j’avoue que je ne sais toujours pas à l’avantage de qui tourne la comparaison. J’ai beaucoup aimé Dylan et à de nombreuses occasions – mais j’ai toujours conservé un faible pour le petit Donovan. Et puis on peut bien le dire aujourd’hui, Donovan n’était pas anglais mais écossais – né dans la bonne ville de Glasgow dont je conserve un excellent souvenir (et pas seulement pour y avoir croisé Claudia Schiffer, alors en pleine gloire, à cinq heures du matin, dans le hall d’un hôtel de luxe).

Bien qu’il existe quelques chansons écrites et enregistrées en 1964, à titre de démo, réunies sur l’album Sixty Four (sorti en 2004) – deux d’entre elles avaient figuré sur le long box The Definitive Collection (sorti en 1992) – on peut dire que la carrière discographique de Donovan a commencé en 1965, avec une série de tubes comme « Catch the Wind », « Colours » ou « Universal Soldier » (ce dernier titre étant une reprise de Buffy Sainte-Marie). Un début de carrière comme les aiment les vrais fans… ceux qui achètent tout !

En ce temps-là, les 45 tours, comme l’on disait alors en France, proposaient parfois, en face A, une chanson dans une version différente de celle figurant dans le 33 tours – et les faces B étaient souvent non reprises dans ces mêmes 33 tours. Les chansons sortaient en 45 tours deux titres (SP en anglais) et/ou en 45 tours quatre titres (EP en anglais). Les éditeurs américains ne reprenaient jamais ces EP britanniques mais y sélectionnaient à l’occasion une ou plusieurs chansons pour l’insérer dans un 33 tours (LP en anglais) qui, du coup, se retrouvait avec un sommaire différent de celui du LP anglais portant le même titre. Il y avait aussi des 45 tours quatre chansons réalisés uniquement en France, à partir de tout et de rien – parfois avec des inédits !

jhb-20140730-donovan1.jpgOn retrouve toutes ces fantaisies dans la discographie de Donovan… en pire, puisque des disques identiques portent des titres différents, tandis que des disques aux sommaires sans rapport portent le même titre. Ainsi, Catch the Wind est le titre sous lequel est sorti aux États-Unis, en juin 1965, le premier LP de Donovan, sorti en Grande-Bretagne le 14 mai 1965 (quatre jours après les dix-neuf ans du jeune homme), sous le titre What’s Bin Did and what’s Bin Hid. « Catch the Wind », la chanson-titre, figure dans les deux éditions de l’album, dans une version différente de celle du premier SP de Donovan, sorti le 12 mars de la même année – soit dit en passant avec une face B, « What do You Treat me Like You Do », qui ne sera pas reprise dans les premiers albums.

Le deuxième SP de Donovan, sorti le 28 mai 1965 en Grande Bretagne, avait pour face A « Colours », un sacré succès – elle figurera dans le deuxième LP, Fairytale, sorti en octobre 1965, dans une version différente. Et pour corser encore un peu les choses, l’édition britannique du SP proposera « To Sing for You » en face B, tandis que l’édition américaine y placera « Josie ».

Le troisième 45 tours britannique de Donovan sort le 15 août 1965 et est un EP avec quatre chansons : « Universal Soldier » et trois titres complémentaires qui ne seront pas repris sur le second LP. Pourquoi ? Mystère. Un troisième SP sort le 30 octobre 1965, avec « Turquoise » en face A – chanson également non reprise dans le second album.

Sachez enfin qu’il existe plusieurs LP et plusieurs CD titrés Catch the Wind ! Parfois, il s’agit de compilations aux sommaires les plus variés… d’autres fois il s’agit de rééditions du premier album, en général américaines, mais pas toujours, avec des bonus différents d’une réédition à l’autre.

jhb-20140730-donovan2.jpgDonc, résumons, Donovan sort en 1965 trois SP, un EP et deux LP. Si on est fan, et si on souhaite posséder toutes les chansons sorties cette année-là, dans toutes les versions, il faut trouver ces six disques, dans leurs versions britanniques et étasuniennes – soit onze disques en tout, le EP n’ayant pas eu de version étasunienne (une chance !). Fort heureusement, il y a quelques années, des « Expanded Deluxe Edition » des deux premiers LP ont été éditées en CD, chacune présentant l’album original et quatre ou cinq chansons en bonus : les faces A des SP dans les versions originales, les faces B des SP, les morceaux issus du EP britannique – et même une chanson originale parue à l’époque uniquement sur un EP français !

On en conviendra : tout est bien qui finit bien…