Jeudi 2 mai 2013

Levé tôt. Direction la petite maison. Fini dans la matinée le lambris des toilettes et commencé le coffrage du boîtier électrique. Appris en début d’après-midi que Jiji et Annie arrivent mardi soir, pour quelques jours – le projet était évoqué depuis plusieurs semaines mais de grosses incertitudes planaient. Du coup, j’embraye la surmultipliée quant au déblayage de la cuisine – et la remise en service de la chambre où dormait Flora. Je prends tout de même le temps de couper des planches sur mesure, pour finir le cadre du premier coffrage.

Vendredi 3 mai 2013

Matinée jardin. On ne peut pas dire que les radis se donnent beaucoup de mal. J’ai repère seulement deux de bons à grignoter – les autres sont trop petits, il n’y a pas assez de soleil. Installation de plusieurs cartons de culture, pour y déposer des pommes de terre – les patates bio mises de côté il y a plusieurs semaines commencent à germer, il est grand temps de les planter. Il y a deux manières de cultiver les pommes de terre. La méthode traditionnelle consiste à mettre en terre un tubercule à une dizaine de centimètres de profondeur, puis à butter (c’est-à-dire ramener la terre pour le recouvrir) au fur et à mesure qu’il émerge, disons sur au moins une vingtaine de centimètres, et enfin régulièrement biner pour enlever les mauvaises herbes et casser la croûte superficielle de terre afin de la maintenir aérée et perméable. La récolte se fait à la fourche-bêche. Il y a toujours quelques patates abîmées par les pointes de l’outil – et d’autres oubliées en terre, en pure perte car les patates gèlent en hiver et pourrissent, à l’inverse par exemple des topinambours oubliées qui donnent de nouveaux pieds l’année suivante. Bon, il est clair que tout cela, c’est du boulot ! Et puis il y a la méthode que je qualifierais volontiers d’écolo-économe. Ecolo parce qu’il n’est pas nécessaire de "travailler" (comme on dit bien sottement) la terre, et par conséquent de la déstructurer et de détruire une partie de ce qui y vit, et encore moins d’y incorporer des saloperies chimiques aussi dangereuses que coûteuses. Econome parce qu’on s’économise de sa personne en limitant le travail de manière drastique – et on économie également l’eau. C’est une méthode pour les fainéants (et fiers de l’être) – ou, plus justement, pour ceux qui ont autre chose à faire que gaspiller leur temps et se casser le dos, en allant besogner au jardin, tels des prolétaires de base ! J’en ai déjà parlé dans ce blog : il suffit de poser une pomme de terre sur le sol (ou sur un carton, lui-même posé sur le sol) et de la recouvrir d’un paillis (paille, tonte de gazon, feuilles, etc.). Au fur et à mesure de l’émergence du plant, on en rajoute pour le recouvrir jusqu’à obtenir un joli tas de paille – arrive un moment où ça ne pousse plus en hauteur, enfin plus trop. L’an dernier, j’ai fait mes patates dans des cartons ouverts, posés sur le sol. J’ai un copain qui utilise des vieux pneus de voiture qu’il superpose pour gagner un étage au fur et à mesure où ça monte – de loin, ses bacs à patates ressemblent à ces faux puits décoratifs qu’on apercevait dans les jardins des sixties, ambiance pavillonnaire, au milieu d’une horde de nains jardiniers en terre cuite. Trop bien ! (non, je déconne…). Pour la récolte, il suffit d’écarter la paille, de cueillir le nombre de patates désiré, puis de remettre la paille en place (éventuellement en psalmodiant un petit mantra de remerciement au Déva de la pomme de terre ainsi qu’aux Elémentaux et autres esprits de la Nature, mais on n’est pas obligé). Cette méthode ne demande quasiment aucun travail : pas de sol à bêcher, pas de terre à butter, pas de mauvaises herbes à enlever ; elle est économe en eau (l’eau de pluie suffit) ; elle fournit des pommes de terre propres qu’il n’est pas nécessaire de nettoyer ; l’empreinte écologique est nulle (carton et paillis finissent de se décomposer au cours de l’hiver, ce qui enrichit la terre). Ces dernières années, cette méthode écolo-économe a suscité un intérêt certain auprès des jardiniers amateurs – mais bien des railleries de la part des professionnels de la profession, en particulier quant au rendement (pas terrible, qu’ils affirment !) et à la taille (toute rikiki, qu’ils affirment !) des tubercules obtenus. On sait bien que, pour certains, rien ne peut pousser dans le sol qui ne soit le résultat d’un profond labour et d’un copieux enrichissement chimique ! (Oui, je sais, mais il paraît qu’il en faut…). Histoire de savoir ce qu’il en est véritablement, des expériences de cultures comparatives ont été menées, en particulier par les membres de l’association Terre Vivante et les lecteurs de la revue Les 4 Saisons du Jardin Bio, selon un protocole simple et peu contestable. Il s’agissait de cultiver la même variété, à partir des mêmes semences, au même endroit et en trois rangs parallèles : un rang traditionnel de patates plantées à dix centimètres de profondeur puis buttées, un rang de patates posées au sol et recouvertes d’un paillis végétal (paille, herbe…) et un rang de patates également posées au sol et recouvertes d’un paillis, mais cette fois de compost. En fin de saison, les patates sont ramassées et pesées. Les résultats sont plus que significatifs ! Les patates traditionnelles sont, dans l’ensemble, de plus petite taille que les patates écolo-économes, eh oui ! Quant à la productivité, avec les Charlotte comme variété de référence, un pied traditionnel donne environ 750g, un pied sous paillis végétal donne un peu plus d’un kilo (soit un accroissement de productivité d’environ 35%), et enfin un pied sous compost produit plus d’un kilo et demi (soit un accroissement de productivité de plus de 100% !). Eh oui ! (bis). Autrement dit, avec un paillage de compost, on obtient deux fois plus de pommes de terre, pour un travail quasi nul, et avec une occupation du sol deux fois moindre. Soyons réaliste : il faut disposer de suffisamment de compost… donc je vois mal un hectare de patates cultivé ainsi, par contre un jardinier amateur faisant son compost lui-même aurait grand tort de fonctionner autrement. Une quarantaine de pieds permettent donc d’obtenir une soixantaine de kilos de pommes de terre sur l’année – ce qui est la consommation moyenne annuelle, par habitant, en France, dont 1/3 sous forme de produits transformés (frites surgelées). Mes patates en place et couvertes de compost, je sème à la volée une longue bordure d’un mélange maison de fleurs de couleur bleu : de la mauve sylvestre, de la bourrache, du bleuet et des belles du jour oscillant, en principe, entre le bleu clair et le violet soutenu. Puis direction Bordeaux, pour le week-end.