Dès le matin, on sent que ça va être une belle journée – dans le prolongement de celle d’hier ; pour autant que la pluie ne s’invite pas. Mon premier étonnement est pour les groseilliers dont la végétation a littéralement explosé en quarante-huit heures : ils sont couverts d’un beau feuillage et des jeunes pousses jaillissent ça et là. La plupart des ouvrages de jardinerie expliquent qu’il faut tailler les groseilliers d’une manière bien précise (et bien compliquée) avec une taille de formation sur au moins trois ans ; le but est d’améliorer la productivité. Argument vide de sens, pour moi. Donc je ne les taille pas. 

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Hier matin, Anita (qui a aussi un jardin) et moi avons dévalisé un pépiniériste du bassin d’Arcachon où nous avons nos petites habitudes dominicales. Après partage du butin, je me retrouve avec dix pieds de tomates : quatre Cornues des Andes (idéales pour trancher des rondelles à manger en salade), quatre tomates ‘cerise’ en grappes (quand c’est la saison, j’en mange tous les jours, tant qu’il y en a ! l’an passé je n’avais planté que deux pieds), une Noire de Crimée et une Poire Jaune. J’ai aussi acheté deux petits conifères pour la rocaille que j’envisage d’installer, dans une partie du grand parterre des mimosas. 

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Enfin j’ai repris un Oranger du Mexique (Choisya ternata ‘Brica’), celui que j’ai planté il y a deux ans ayant fort mauvaise mine (l’hiver avant-dernier lui a foutu un sérieux coup sur le moral et il se trouve en situation trop venteuse). Egalement acheté un peu de matériel – un arrosoir de plus et surtout un thermomètre minima-maxima, afin de surveiller ce qui se passe dans la serre. A peine installé, je m’aperçois d’ailleurs qu’il grimpe à toute allure avant de se stabiliser à… quarante trois degrés ! C’est vrai qu’il fait une chaleur à crever ici, alors que le soleil est voilé par des nuages et qu’il n’est qu’à peine dix heures du matin. Aïe ! Je me dis qu’avec les vingt-huit degrés d’hier, en plein cagnard, la température dans la serre est sans doute monté bien plus haut que cela… ce que me confirme un petit coup d’œil au Gunnera dont les nouvelles feuilles (ah oui, j’ai oublié de vous dire qu’il a repris, suite à son coup de gelée nocturne) sont cette fois momifiées sur pied. Et merde ! Bon, je m’empresse de le sortir au frais (si l’on peut dire) et de le placer à l’ombre – heureusement, j’avais déposé le pot carrément dans une bassine d’eau et celle-ci ne s’est pas vidée au cours du week-end ; avec un peu de chance, ça va repartir. J’ai acheté cette plante trop tôt (elle était soldée !) car elle n’a pas encore sa place. Pour l’instant je suis dans le classique – mon jardin n’est pas dans un état d’avancement tel que je me sente porté à expérimenter des plantes plus rares, et donc plus coûteuses à l’acquisition. Ces temps, j’assure une manière d’architecture basique : des haies et toujours des haies pour favoriser la biodiversité, accroître les zones d’échanges et me fournir en bois raméal fragmenté, des parterres fleuris pour attirer les pollinisateurs, un potager dans l’espoir de progresser vers une nouvelle autonomie, une rocaille pour amorcer un coin japonisant… et bientôt un petit (premier) bassin car il me tarde de dialoguer au matin avec des koïs. Planté aujourd’hui la plupart des tomates en pleine terre ou dans la serre, ainsi que deux pommes de terre dans un carton de paille, sans autre terreau qu’un petit nid pour les maintenir en place. Dégagé un coin du parterre des mimosas et construit une sorte de mesa – trois fois haut comme Devils Tower, le monolithe escaladé par Richard Dreyfuss dans Rencontres du Troisième Type, en plus petit – avec un cordon souple de demi-rondins récupéré il y a quatre ou cinq ans et qui attendait son heure : bloqué en place avec des pierres à l’extérieur et empli d’un compost tamisé à l’intérieur. J’ai aussi creusé le sous-sol, fait la chasse aux racines et changé la terre. Le Cupressus ‘Totem’ évoqué ces jours derniers a pris place au sommet de cette construction – pour l’instant, il est tout petit gentil, pour la suite on verra. J’ai tapissé une partie de la surface avec des nids de joubarbes. Ça fait son petit effet. Egalement arraché tous les œillets plantés il y a trois ans – c’était devenu un rien n’importe quoi ; les touffes toutes tarabiscotées ont été déposées près de l’ancien poulailler. Egalement transplanté le Camélia que je me suis procuré la semaine dernière – il est désormais dans un très grand pot, avec un substrat composé sur mesure (deux parts de compost tamisé, deux parts de bonne terre de bruyère, une part de terre franche tamisée). A terme, il ira en pleine terre, mais je ne sais pas encore où. Chouette ; mais un peu crevé. Et pour finir de manière plaisante et paisible cette longue journée passée au jardin, rien de mieux qu’un petit quart d’heure de méditation sous les pruniers en fleurs, tandis que la musique d’Osamu Kitajima s’échappe doucement de la porte du chalet pour venir s’écouler alentour…