Lundi 28 janvier 2013

Les premiers muscaris ont percé l’épaisse couche de paillis qui entoure le pied de l’eucalyptus que j’ai planté il y a un peu plus d’un an et qui dépasse déjà les trois mètres de hauteur. Dans quelques semaines, il y aura là tout un tapis de fleurs d’un bleu soutenu.

Mardi 29 janvier 2013

Il y a des soirs, comme ça, où on n’a envie de rien. Trop fatigué pour attraper un livre – et puis lequel ? Il y a des soirs, comme ça, où on se dit que, de toute façon, on n’a rien à lire ! Même si, à y regarder de plus près, il y en a au moins la moitié qu’on n’a pas encore lus – à se demander pourquoi on les a achetés… Peut-être pour être certain de les avoir si, des fois, un soir, comme ça, on aurait tout soudain envie de les lire. Sauf que ça n’arrive jamais. Il y a des soirs, comme ça, où on n’a même pas la force d’aller se coucher. Alors, parfois, las de résister à l’irrésistible, honteux et confus, il faut bien l’avouer, on se laisse aller à rejoindre mentalement le troupeau… A une époque, je me remettais alors la tête dans le bon sens en sirotant une bouteille de single malt, tout en écoutant John Coltrane (que m’ont fait découvrir il y a bien longtemps mes vieux amis Lionel Evrard et Darnaudet) ou Chet Baker (que je crois avoir découvert tout seul, mais je n’en suis plus très sûr). Aujourd’hui, je fais plus direct : j’allume la télé. Fondamentalement, ce n’est pas mieux – c’est même sans doute plus dommageable au niveau des neurones. Mais c’est nettement moins coûteux – surtout qu’en matière de single malt je reste assez exigeant et les temps présents sont, pour moi, nettement plus difficiles que lorsque cartonnaient en librairie mes bouquins sur les X-Files ou ceux pour la jeunesse chez Magnard. Donc quand l’ancien écrivain reconverti dans la culture des topinambours déprime – ce qui arrive parfois – il regarde la télé. La drogue dure des pauvres. Et ce soir, en zappant frénétiquement sur la TNT, je tombe sur une série de SF que je ne connais pas : Jéricho. Je vous la fais courte : une bombe atomique pète sur une grande ville américaine, les gens d’un bled alentour se disent qu’il convient de se préparer au pire, surtout quand ils comprennent qu’au moins une autre ville importante a été détruite de la même manière. La radio ne marche plus. La télé ne marche plus. Internet ne marche plus. C’est donc vraiment la fin du monde. Arrivé aux deux tiers du deuxième épisode, le nuage radio-actif approche : tout le monde se barricade et – pouf ! – l’écran de ma télé vire au noir. Je me dis : « cool, quel réalisme ». Mais bon, ça dure. Alors j’essaie de changer de chaîne. Merde, j’ai plus rien à la télé. Sur aucune chaîne. Je me décolle de mon fauteuil, me dirige vers la radio : pas mieux, je n’ai aucune réception. Quand même, j’enfile ma veste de paysan (sans manches mais bien doublée sur le bas des reins) et sors sur le pas de ma porte. R.A.S. au-dessus de Bordeaux – qui est à trente kilomètres plein sud et dont le halo lumineux m’empêche de voir la voie lactée comme quand j’étais gosse, saloperie ! Apparemment, la ville n’a pas été vitrifiée et sans doute que Juppé est toujours maire. Vendredi soir, on va voir Magma – ça serait benêt que ça soit annulé pour un truc aussi con qu’une attaque nucléaire sur Bordeaux. Bon. Je rentre chez moi, ferme à clef quand même (on ne sait jamais), retourne devant la télé, devant la radio… pareil. Bon, ben je vais me coucher, alors. Mes soirées déprime étaient tout de même plus rigolotes quand je carburais au single malt et au Chet Baker…