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12°c dans le chalet. Diantre ! La température matutinale n’arrête pas de monter : à ce rythme-là, demain matin, qui sait, il fera peut-être 13°c à mon lever. Il y a là quelque diablerie… Sinon, dans la catégorie coq-à-l’âne, il faut savoir qu’en novembre et décembre derniers, je me suis livré à une singulière expérience. J’ai décidé – je le savais déjà – que je conservais trop de choses et que le processus, en permanence souhaitable, d’alléger sa vie, passait par un allègement environnemental (en particulier de ses possessions). Ce que je savais déjà, également. Mais entre savoir et s’y mettre, il y a parfois un léger décalage – voire une abyssale discontinuité. Un matin, je me suis dit : « Mon bon Francis, tu vas t’efforcer, chaque jour et jusqu’au 31 décembre, de jeter dix trucs ». Chouette programme. Mais quoi jeter ?

Au tout début des années huitante du millénaire précédent, je fus victime d’une manière de surchauffe mégalomaniaque. Je réalisais alors, de mes petites mains, un fanzine consacré à la science-fiction et titré A&A. De ‘gentiment ronéoté sur un duplicateur à encre’, il passa tout soudain au stade ‘imprimé par un vrai imprimeur’. Une immense feuille de papier imprimée recto-verso, puis pliée le nombre correct de fois, générait un cahier de 16 pages, proprement massicoté, dans un format légèrement inférieur à A4. C’était beau. C’était un peu cher – mais pas trop : A&A était imprimé par Les imprimeurs libres, à Paris, dont je ne sais s’ils existent encore mais qui, à l’époque, étaient de loin les moins chers de la planète (au moins au nord des Pyrénées). Même avec les frais de rapatriement par transporteur, de Paris jusqu’à Bordeaux. Tout cela se passait bien entendu avant l’invention de l’impression numérique à la demande – il fallait donc faire imprimer au moins 500 exemplaires, les frais fixes (films, retouches, montage, calage de l’offset, etc.) étant calculés sur ce tirage. Avec ce corollaire : le surcoût pour faire imprimer 1000 exemplaires au lieu de 500, se résumait au prix du rab de papier. Donc peanuts ! Idem pour les frais de transport, puisque nous restions dans la même tranche de poids (ou peu s’en fallait). Du jour au lendemain, A&A passa donc d’un tirage d’une centaine d’exemplaires ronéotés à un millier d’exemplaires imprimés. Et si les ventes grimpèrent effectivement, atteignant aisément les 150 exemplaires, elles ne dépassèrent jamais les 200. On est peu de choses.

En ce temps-là, parallèlement à A&A, j’éditais des tas de bouquins de manière plus ou moins artisanale – plutôt plus que moins, soit dit en passant. En réalité, dans les années 1977/2000, je crois que j’ai édité environ 350 numéros de fanzines, plaquettes, brochures, fascicules… allant de quelques pages à 200 pages. Ce avec des tirages allant de 50 exemplaires (je ne pense pas avoir jamais imprimé à moins) à 1000 exemplaires, dans une moyenne de 150/200. Beaucoup de numéros d’A&A et de titres divers ont été effectivement épuisés au fil des années – en particulier depuis que je possède une petite boutique sur ebay. Mais beaucoup sont toujours disponibles – et bien entendu, ce sont ceux qui ont ‘bénéficié’ des tirages les plus mégalomanes. Ce qui fait que lorsqu’une de mes réalisations fanéditoriales est disponible, elle l’est à quelques exemplaires… ou à plusieurs centaines d’exemplaires ! Il n’y a pas d’entre-deux. Je suis un grand malade : je conserve tout ! Mes stocks d’édition sont rangés dans des boîtes en carton bien propres, dûment étiquetées et sagement alignées sur des étagères, dans une pièce construite à l’intérieur d’un ancien chai. Il y a même un inventaire. Autant dire que ça prend de la place. Pour rien – ou pour très peu… Car il y a des choses dont il me reste 100, 200, 500… exemplaires, et dont je ne vends même pas un exemplaire par année. Pas besoin d’aller voir un psy pour comprendre qu’il y a un problème.

Par ailleurs et sans aucun rapport – autre que psychiatrique – je conserve des montagnes de cassettes VHS, enregistrées au fil du temps, achetées d’occasion ou récupérées ici ou là. Il y a quelques années, j’ai donné à la bibliothèque de mon village toutes celles qui étaient ‘du commerce’. Il me reste aujourd’hui environ 700 cassettes ‘amateur’. J’ai un temps envoyé plusieurs gros colis (des tas de Startrekeries, entre autres) à une copine, à l’intention de ses enfants (mon côté prosélyte) et pour alimenter son stand dans les vide-greniers. Mais je pense que ça l’encombre plutôt qu’autre chose ! Que faire de ces VHS ? Rien. De toute façon, ça sera bientôt plus compliqué, en catégorie vielle technologie en état de marche, de trouver un magnétoscope qu’un tourne-disque acceptant les 78 tours.

J’ai aussi dans un coin de la même pièce évoquée ci-avant, environ 500 livres en anglais édités, pour l’essentiel, chez Tauschnitz, entre la fin du dix-neuvième siècle et le milieu du vingtième – cadeau (empoisonné) d’un copain bouquiniste (qui les avait récupérés en vidant le grenier d’une prof d’anglais à la retraite et qui ne savait pas quoi en faire) à la fin des années septante… oui, je traîne ces cartons depuis bien plus de trente ans. Croyez-moi, j’ai longtemps été moi-même bouquiniste… si ça avait intéressé quelqu’un, je m’en serais aperçu ! A un ou deux francs pièce (15 ou 30 centimes d’euros d’aujourd’hui), j’ai du en vendre dix dans toute ma vie…

Donc, j’ai jeté : des piles d’A&A, de brochures diverses, de cassettes VHS, de Tauschnitz. 610 objets en tout, à raison de dix par jours, du premier novembre au 31 décembre 2012. Vous savez quoi ? Ca se voit à peine… Je vais donc recommencer. Je vous tiens au courant.