La Fabrique des Faussaires (et autres livres que je n’écrirai jamais)

Frédéric Zwiebel – Attila – septembre 2012 (recueil inédit – 660 pp. GdF. 24,50 €)

La Fabrique des FaussairesLes éditions Attila sont connues et reconnues pour publier des textes relevant de l’étrange, de l’étonnant, de l’inclassable. À leur catalogue plein de surprise, quelque part entre les Télescopages de Fabienne Yvert et Fictions de J.-L. Borges, vient s’ajouter cette Fabrique de Frédéric Zwiebel, dont l’œuvre écrite se résume (pour l’instant ?) à ce seul et unique ouvrage. Un ouvrage plein de promesses au demeurant, car il recèle en ses six cents pages de quoi former la bibliographie de toute une vie et même davantage. La Fabrique des Faussaires (et autres romans que je n’écrirai jamais) contient en effet quelque trois cents résumés, commentaires et analyses de livres que Zwiebel a renoncé à écrire. Et c’est fort dommage.

On y trouve de la science-fiction (Est-ce que les posthumains rêvent de postmoutons ?, variation sur un thème dickien ou L’Infini quelquefois, roman de hard SF qui n’aurait rien à envier à Greg Egan), de la fantasy (l’épique et sanglant Les Barbaresques), de l’érotique (Autobiographie d’une petite culotte), de l’autobiographie (Journaux infimes), du roman social (Les Bas-fonds de la satiété), de l’horreur (Fragments de bourreaux). Des livres imaginaires tels que Minotaure : une anatomie, Pépites de Kellogs & autres trouvailles minuscules, L’Épiphanie des Mouches mériteraient sans aucuns doutes d’être lus. Il est regrettable qu’aucun lecteur ne se perdra jamais dans les labyrinthes de La Dérive des Incontinents, les structures échiquéennes de La Trajectoire du Cavalier Fou ou Noir & Blanc & Noir & Blanc, dans les jeux de miroir de Reflets dans un œil de vif-argent. Cette Fabrique va jusqu’à la mise en abyme avec Catalogage partiel de la bibliothèque de Juraj Ludvik Boergs, une bibliothèque qui contient des livres dont toutes les pages sont uniformément blanches, son propriétaire préférant savourer la beauté des titres et des résumés, sachant qu’il ne sera jamais déçu par un seul de ses livres.

La plupart des non-livres de cette Fabrique des Faussaires sont bizarres, voire illisibles, à l’image de « La Fabrique des Faussaires », analyse d’une série d’ouvrages fictifs ayant été produits par les babillages insanes d’un chimpanzé transgénique. Et Borges, qui préfère décrire en quelques lignes un ouvrage plutôt que de s’infliger les cinq cents pages de sa rédaction, n’est jamais bien loin. L’un des livres que Zwiebel n’écrira jamais s’intitule d’ailleurs Almotasim revisité. Mais l’auteur de ces non-livres est-il bien Zwiebel ? Tandis que Borges commente des livres d’auteurs fictifs, Zwiebel disserte sur sa propre non-bibliographie comme s’ils avaient déjà été écrits par un certain Frédéric Zwiebel-auteur et comme si un certain Frédéric Zwiebel-critique littéraire les avait lus.

La lecture de cette Fabrique… montre que Frédéric Zwiebel pourrait être un auteur des plus éclectiques, excellant autant dans les littératures de genre (SF, fantasy, polar, érotique) que le mainstream. Elle prouve surtout qu’il brille dans le domaine de la vraie-fausse critique littéraire, avec tous ces ouvrages qu’il commente avec autant d’acuité que d’humour pince-sans-rire (Monsieur Zwiebel, pour chroniquer des ouvrages dans Bifrost, c’est quand vous voulez.)

Et puis, après tout, pourquoi pas. Ces notes sur ces livres imaginaires sont aussi exaltantes que la lecture de ces livres, s’ils étaient réels, pourraient s’avérer triste, décevante, ennuyeuse. Espérons du moins qu’à l’avenir Frédéric Zwiebel fera croître sa bibliographie d’ouvrages bien réels. Voire qu’il change d’avis sur « ces livres qu’il n’écrira jamais ». Ou que cet ouvrage foisonnant inspire autant d’auteurs qu’il contient de résumés.

Anonyme