La chatte de mon frère est morte au cours de la nuit. Suite à une opération chirurgicale. Trop âgée, sans doute, pour supporter le choc. L’an dernier, mon chat est mort – il était tout vieux et tout cassé de partout : oreilles en dentelles, dents manquantes, cicatrices ça et là ; à son heure de gloire, il avait été la terreur du quartier… vers la fin, il passait son temps à dormir. Et à manger. Un jour, il n’a rien mangé de la journée. Pas bon. Le lendemain, il a disparu. Deux jours plus tard, je l’ai trouvé, mort, allongé derrière une pierre levée sur laquelle est posé un petit bouddha de pierre, caché au creux de tiges de jeunes noisetiers. Mon chat est venu mourir au pied du petit bouddha, là où il me voyait souvent, assis en paix. Mon chat est mort doucement, à son heure. C’était son karma. Le départ de la chatte de mon frère, hélas, a déclenché une tourmente – tant il était attaché à elle. Il reste une autre chatte sur le domaine, celle de ma mère. Et puis il y a aussi deux chats sauvages, qui semblent s’être installés dans les ruines d’une ancienne cabane effondrée, que l’on discerne à peine, encerclée de bambous et de pruniers. Ils sont entièrement blancs. L’un est tout en hauteur, avec de longues pattes très fines ; il se déplace en bondissant comme une antilope. L’autre est plus ramassé, avec le poil plus épais et une courte queue touffue. Quand j’ai des restes susceptibles de les intéresser, je les dépose dans une assiette, à mi-chemin entre leur cabane et la mienne. Ils commencent à avoir un peu moins peur quand ils me voient mais ils conservent tout de même leurs distances. Leur karma est peut-être de rester sauvage ? En tout cas, ils sont là. Je ne pourrais pas vivre dans un endroit où il n’y aurait pas de chats.