Terraeco est sans doute le meilleur mensuel généraliste écolo, tant pour ses dossiers que pour la richesse des informations que l’on y trouve. Elles sont en général pertinentes et fiables, et rendent compte de nombreuses expériences conformes à l’Ethique, menées de par le monde. J’aime ce magazine dont la rédaction est basée à Nantes – décidément une ville où "ça bouge" ! On sait, par ailleurs, le mauvais esprit qui parfois (souvent ?) m’anime… Eh bien, le numéro de mai dernier de Terraecco m’a fourni une bonne occasion d’exercer ce mauvais esprit ! Dans le cadre d’un échange polémique à propos de l’exploitation des gaz de schiste, j’ai relevé – avec une joie un rien mauvaise – cette assertion incendiaire : « J’ai longtemps travaillé aux Nations-Unies pour savoir que ce que dit le Giec n’est pas fiable. Le réchauffement climatique na rien à voir avec l’effet de serre mais est dû au fait que l’axe de la terre bascule au gré des siècles et que notre planète se rapproche du soleil. » Étonnant, non ? Ce n’est pas à un de ces écrivaillons de science-fiction tendance réalisme fantastique que l’on doit cette remise à leur place des désinformateurs anarco-gauchistes et mal peignés que sont les zozos du Giec – fumeux groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont fait d’ailleurs partie l’excellent Hervé Le Treut avec qui nous avons usé nos culottes sur les bancs des classes préparatoires du lycée Montaigne, à Bordeaux, et que l’on voit à la télévision chaque fois qu’un gratteux a besoin de l’avis d’un météorologue. Non. Pas du tout, les amis. Cette condamnation docte et définitive est l’œuvre d’un certain Gérard Medeisko, présenté par Terraeco comme "géologue et ex-conseiller pétrolier aux Nations-Unis", par ailleurs "membre de l’Amicale des foreurs et des métiers du pétrole". Trop bien. On voit d’emblée que le type n’est pas un trou-du-cul façon Giec – ou un halluciné tel feu le regretté Jimmy Guieu – mais un véritable et authentique professionnel de la profession. S’il m’est permis d’abonder dans son sens, j’ajouterai même qu’en ce qui me concerne, j’ai toujours pensé que les variations de l’inclinaison de l’axe de la Terre, au fil des âges, avaient eu, à l’évidence, des conséquences variées et non négligeables que l’on aurait grand tort de sous-estimer : de la disparition des mammouths par surgélation instantanée à la généralisation d’un syndrome de calvitie sur les œufs d’autruche. Cette dernière remarque fait d’ailleurs référence à l’un des nombreux sujets hétérodoxes (et hétéroclites) que je fis traiter, en leur temps, par mes étudiants de l’Ecole d’Ingénieurs des Mines de Saint-Etienne. On me demande parfois : « comment un mec au développement intellectuel aussi alternatif que le tien a pu être chargé de cours dans une des plus prestigieuses écoles d’ingénieurs française ? ». J’ajouterais volontiers : « qui plus est, pendant plus de dix ans ! ». Oui. C’est à la fois une vraie question et un profond mystère. J’ai de fait été chargé d’un cours en communication scientifique écrite dans ce docte établissement, dont l’essentiel consistait à faire écrire à mes gentils étudiants des articles scientifiques à la construction impeccable mais sur des sujets aussi gogols que possible. Ça a tout de même duré onze ans, avant que je me fasse virer – l’an dernier. On notera, en passant, que l’Ecole d’Ingénieur Informatique et Information pour la Société de Lyon, où j’officiais à l’identique, m’a viré quant à elle au bout de deux années seulement. Ce que j’en dis… Bref. Une année, je proposai parmi un choix de sujets douteux : « De l’inclinaison de l’axe de la Terre sur la calvitie des œufs d’autruche ». C’est dire ma sensibilité à la problématique axiale – qui remonte sans doute à la sortie vers 1969 du disque de Jimi Hendrix Axis : Bold as Love. Je ne remercierai donc jamais assez Gérard Medeisko pour le nouvel éclairage qu’il nous apporte quant à l’origine du réchauffement climatique – une fois encore, on nous avait visiblement tout caché la vérité à l’insu de notre plein gré. Reste à réfléchir à la perspective d’une possible corrélation entre ce dernier et la disparition, il y a environ vingt mille ans, de l’autruche nord-européenne à poil ras.