Disparition ce jour de l’immense Doc Watson, légende de la musique folk, bluegrass et rockabilly étasunienne. Chanteur à la voix chaude et très présente, guitariste émérite, jouant également volontiers du banjo et de l’harmonica, le Doc était né en 1923 à Deep Gap, en Caroline du Nord. Devenu aveugle au cours de sa prime enfance, il a la quarantaine bien sonnée lorsque le grand public le découvre, en particulier dans les éditions 1963 et 1964 du légendaire Festival de Newport où il est repéré par les gens de la maison de production Vanguard. Une excellente introduction à la musique du Doc – si vous avez envie de découvrir cet artiste majeur – pourrait être le LP Then and Now (United Artists, 1973) ou encore Two Days in November (United Artists, 1974). On pourra aussi écouter Reflections, un disque de duos enregistré par Chet Atkins – autre géant du finger picking – et surtout le célébrissime triple LP de Nitty Gritty Dirt Band, Will the Circle be Unbroken, paru en 1972. Les fans français ont pu voir Doc Watson sur scène pour la première fois en octobre 1977 – époque très ouverte où le punk naissant cohabitait sans grand problème avec la grande vague du « renouveau » des musiques folk (bon, certes, nous étions sur la fin de la vague…), et où on pouvait s’éclater tout aussi bien en jouant de la basse comme s’il s’agissait d’un biplan de la seconde guerre mondiale qu’en brodant du finger picking sur une guitare acoustique, en se disant que, certes, on n’arriverait jamais à jouer comme Chet Atkins, mais on pouvait se consoler avec les morceaux les plus simples de Marcel Dadi ! Heureuse époque. Histoire de frimer un peu, le cousin vous invite à ne pas confondre Doc Watson avec Johnny Guitar Watson, guitariste de blues des années cinquante qui influença Jimi Hendrix, entre autres, et fut lui aussi reconnu du grand public seulement dans les années 60/70 après la reprise de son "Gangster of Love" par Steve Miller, en 1968. Tant qu’on est dans la frime, nous connaissons aussi le chanteur John L. Watson (un seul LP en 1970 chez Deram), le guitariste Wah Wah Watson (idem : un LP en 1976) et enfin Robert Watson qui, sauf erreur joue du sax et des claviers sur deux disques à la fin des seventies (mais je ne les retrouve pas). Les années huitante nous ayant pris par surprise, nous avons alors quasiment cessé d’acheter des disques, trop occupé que nous étions à acheter des bouquins de SF. Dommage, car vu que je ne jette jamais rien, je possèderais sur l’étagère W de ma discothèque encore plus de trucs hautement improbables ! Sinon, Merle Watson (1949-1985) qui joue aussi de la guitare est tout simplement le fils, trop tôt disparu, de Doc Watson qu’il accompagna sur scène pendant des années, au banjo et à la slide guitar – dont il fut un maître. Eh ouais, ce qui est un peu benêt quand on vieillit, c’est qu’on voit de plus en plus souvent disparaître des gens qu’on a aimés et qui vous ont fait devenir ce qu’on est. C’est la vie, quoi. Sinon, les medias français ont accueilli cette disparition dans un silence assourdissant. Mais ça aussi, c’est la vie.