Il y a quelques jours, la face avant d’un des tiroirs de ma commode m’est restée entre les mains – tandis que le reste du tiroir restait enchâssé dans la commode. Pas glop. C’est une vieille commode en bois blanc dont les tiroirs glissent sur des tasseaux, avec des poignées découpées dans la façade – idéal pour se coincer les doigts en cas de geste un peu ample. Il y a plus d’un an, j’ai acheté dans un magasin genre cash converter un lot de six énormes et magnifiques boutons de tiroir, en laiton et céramique… mais je n’ai pas encore eu le temps de bricoler un système pour les fixer en remplacement des fentes qu’il va falloir d’abord colmater. La réparation du tiroir, par contre, ne peut attendre. Et tandis que je suis en train de visser des renforts à l’intérieur du tiroir, Rama Yade – l’ancienne Garde des Sceaux de Sarkozy et actuelle vice-présidente du Parti Radical, un petit rassemblement des centristes de droite(pléonasme ?) dirigé par l’inénarrable Jean-Louis Borloo – fait son petit numéro sur France 5, dans l’émission C à dire !?, que j’écoute d’une oreille distraite en attendant le début de C dans l’air qui lui fait suite. J’ai en effet cette habitude, lorsque je travaille dans le chalet, en fin d’après-midi, d’allumer la télé en bruit de fond, sur France 5. L’outrecuidance, l’arrogance, l’autosatisfaction de cette élite proclamée qu’est la caste journalistique, me fournissent ainsi, quasi quotidiennement, leur lot de petits plaisirs. Ah, que ces gens sont sots ! Et leur bouffonnerie rivalise avec celle de leurs invités. Ainsi, tandis que je visse, Rama devise et a cette phrase sublime : « Les problèmes dans l’éducation viennent de la philosophie post 68 et de la méthode globale ». Et j’ai soudain cette révélation : OUI !, c’est bel et bien parce que je m’inscris, en dépit de mon jeune âge (j’avais à peine douze ans en mai 68), dans une posture post-soixante-huitarde, décroissante, autosuffisante, et tout et tout, que j’ai tous ces ennuis avec cette vieille commode récupérée en Suisse il y a dix ans et héroïquement ramenée en France à l’arrière de ma petite Twingo ! Alors que si j’en achetais une toute neuve chez Ikéa, outre contribuer à la relance de l’économie, je n’aurais pas à m’en faire quant à la solidité des tiroirs – comme en témoigne le dispositif automatique qui, dans les magasins Ikéa, ouvre et ferme un tiroir en continu, sous les yeux esbaudis d’une clientèle de chalands, démontrant ainsi la robustesse et la fiabilité de la chose ! Enfin, quand je dis que je n’aurais pas à m’en faire… c’est une fois la commode montée, parce que les meubles Ikéa sont tout de même plus facile à exploser qu’à monter. (Car les meubles Ikéa ne se démontent pas, ils s’explosent, comme en témoignent les entassements annuels et urbains de cadavres de bureaux, penderies, literies… à l’heure où les étudiants, sitôt terminés leurs examens, vident leur studio pour retourner passer l’été chez papa-maman). Quant à la méthode globale, c’est une autre évidence : à force de me positionner comme impermanente et infinitésimale parcelle de conscience du Grand Tout – expression parfaite de la globalité de la chose : c’est bien ça qu’on appelle la méthode globale ? – je me crée bien des soucis… alors qu’une posture duale m’autoriserait tous les égocentrismes. Du coup, j’ai décidé de relire Rendez-vous avec Rama. Et plus si affinités.