Journée à Bruges – sans nul doute la ville la plus touristique de Belgique, bien que située en territoire barbare. Qu’en dire d’intéressant ou d’original ? Rien. Même hors saison, les rues sont grouillantes de visiteurs, en particulier des groupes d’étasuniens bruyants ou d’asiatiques empressés, ces derniers aussi mal élevés à l’étranger qu’ils sont policés chez eux ! Tout est beau à Bruges. Mais tout semble factice – on dirait un grand décor façon Disneyland ; pourtant des gens y habitent vraiment, si, si. On en a d’ailleurs la preuve en explorant la ville de l’intérieur, via le réseau des canaux : des gens vivent ici, derrière leurs fenêtres, dans leur petit bout de jardin. Dans une des rues qui montent de la gare en direction du centre, je découvre une librairie BD et ne résiste pas longtemps… l’intérêt, comme précisé ci-avant, est que nous sommes ici en terre flamande, j’espère donc trouver plus facilement qu’à Bruxelles – supposée territoire bilingue mais où la culture francophone est largement dominante – la production des éditeurs hollandais. Je ne parle ni ne comprends oralement le flamand – mais j’arrive à déchiffrer (très) partiellement le néerlandais écrit, en tenant compte du contexte et de sa proximité avec l’anglais, et suite à dix années de fréquentation obligée ; pour tout dire, je trouve que le néerlandais littéraire est une sorte de chaînon manquant entre l’anglais et l’allemand, ce qui aide à le lire à défaut de l’entendre – ne parlons pas de le prononcer, cette langue s’éternue davantage qu’elle ne se parle. On connaît mal en France la BD néerlandaise – dans le domaine de la SF il y a pourtant de belles réussites, certaines traduites en leur temps, hélas un rien n’importe comment ! C’est le cas de Pilote Tempête, largement édité chez Artima, et surtout des aventures du Kapitein Rob, personnage créé en 1945 par le scénariste Evert Werkman et le dessinateur Pieter Kuhn, ce dernier poursuivant rapidement la série tout seul. Cinq épisodes sont publiés dans Coq Hardi en 1949/51, le personnage baptisé Capitaine Jacques ; à partir de 1957, il réapparaît sous le nom de Capitaine Rob, à la fois aux Editions Artima, en récits de complément dans Tarou et Vigor, ainsi que dans la série belge Samedi-Jeunesse. En 1958, on le découvre dans le petit format Djinn, puis l’année suivante dans son propre petit format, Capitaine Rob, qui connaît au moins quatorze numéros, le dernier en 1962. Une partie des aventures du sympathique marin (et de son chien) relève d’un exotisme charmant mais désuet ; d’autres, fort heureusement, sont de la pure SF entre julevernerie et space opera. Comme Bob Morane avec l’Ombre Jaune, le bon capitaine Rob est régulièrement confronté à l’infâme Professeur Lupardi, archétype du savant fou et monomaniaque rêvant rien moins que de devenir le maître du monde. Classique. Je suis donc tout content de dénicher dans cette sympathique librairie un petit mais fort épais volume reprenant les trois premiers épisodes dont le fantastique "Het pinguinland van professor Lupardi", datant de 1947, traduit dans Coq Hardi en 1950 sous le titre "L’île mystérieuse du Professeur Lupardi", repris en 1959 dans une autre traduction, dans Djinn 3 et 4. Chic planète.
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