Journée train : il en faut trois pour se rendre d’Yverdon-lesBains à Saint-Etienne (j’ai pu éviter l’escale à Lausanne, à cette heure il y a des directs pour Genève). A l’arrivée, j’ai pris mes quartiers dans l’alcôve aux guitares – nom de code de la petite chambre située au cœur du vaste appartement d’Annie et Jiji. Ils occupent un étage d’un ancien hôtel particulier qui intégrait une manufacture en rez-de-chaussée, avec ses ateliers, les appartements des propriétaires et de leur famille, des logements de fonction, des chambres de bonne tout en haut… cela forme un ensemble architectural impressionnant, en plein centre-ville ! Comme son nom le suggère, l’alcôve aux guitares est dépourvue d’ouvertures vers l’extérieur et, surtout, elle est pleine de guitares. Au sens propre. Une immense étagère couvre un des murs, du sol au plafond (qui est haut !). Sous le premier plateau s’alignent une douzaine de combos, pour la plupart à tubes (un vieux Vox AC30, un Kustom…) et des cabinets additionnels avec des combinaisons diverses de HP. Plusieurs têtes de puissance occupent le premier plateau – uniquement du lourd : Mesa Boogie, Brunetti, ça ne rigole pas ! Une trentaine de flight cases et quelques jig bags s’entassent sur les plateaux supérieurs, jusqu’à ras du plafond – et cela ne constitue qu’une partie de la fabuleuse collection de guitares de Jiji, car il y en a dans toutes les pièces de l’appartement, au gré des envies de jouer du maître des lieux. Ainsi un râtelier de quatre guitares (et une basse : une rarissime Paul Reed Smith) trône dans le salon, entre le canapé et un gros combo Kustom, à côté de deux baffles Mesa Boogie surmontés d’une impressionnante tête THD… Jiji achète des guitares depuis l’adolescence – comme moi, mais « plus » ! L’alcôve est une véritable caverne aux trésors. Il y a là aussi bien des instruments vintage (vieilles Stratocaster et LesPaul voisinent avec des modèles sixties plus obscurs), des reissues sortant des custom shops en séries ultra-limitées (telle cette Fender Nocaster totalement improbable !), une belle collection de Paul Reed Smith (le haut de gamme du haut de gamme contemporain), ou des pièces uniques comme cette Ovation signée au gros feutre indélébile à la fois par Chet Atkins et Marcel Dadi, Jiji ayant connu l’un et l’autre. L’appartement est en partie en cours de réorganisation : une grande pièce va devenir un studio quadriphonique ; depuis quelques années, Jiji collectionne également les diplômes au Conservatoire, en musique électronique. Évidemment, il n’y a pas ici que des guitares et des amplis… il y a également des claviers. En vérité, c’est le genre d’appartement où l’on se sent bien. Presqu’aussi bien que chez soi, pour tout dire. Le silence de la campagne en moins ; mais l’amitié en plus.