Pour la troisième nuit consécutive, j’ai dormi très mal et très peu. Je me réveille sans cesse avec de violentes quintes d’une toux sèche qui m’irrite la gorge – et qui s’accompagnent de longues séances de mouchage intempestif. Je ne pense pas avoir de fièvre – il est vrai que je n’en ai pratiquement jamais ; je n’éprouve aucune douleur particulière ; les mouchoirs n’éliminent rien d’autre qu’une vague humidité. Cela ressemble plutôt à une allergie, mais à quoi ? A trois heures du matin, je décide que cela ne peut durer plus longtemps car je sens mes forces s’épuiser. Bien que je sois loin de chez moi, coupé de tous mes repères énergétiques et telluriques, je me décide à tenter un rituel d’auto-guérison tout en sollicitant l’aide des Ancêtres. Je m’assois au rebord du matelas – il repose sur un sommier posé à même le sol : c’est la hauteur idéale pour prendre une position propice à la méditation. Je me suis enveloppé dans un drapé épais et rêche au toucher qui fait office de dessus de lit. Dans cette position, les quintes de toux cessent mais une douleur lancinante apparaît et se diffuse désormais dans tout mon visage, à partir des sinus. Après une dizaine de minutes de parfaite immobilité, je sens mon dos s’arrondir et mes épaules s’affaisser doucement – le tissu qui les recouvre devient une couverture au tissage sommaire… la régression a commencé. Et tout soudain je ne suis plus dans cette chambre mais assis devant les braises d’un feu de bois, guetteur immobile à la fin de la nuit, veillant sur le sommeil de ceux de mon clan. C’est mon tour de garde – au cours d’une des innombrables nuits passées ainsi, au cours d’une des innombrables vies tant de mes ancêtres biologiques, lignée du corps, que de mes précédentes incarnations, lignée de la conscience : pas tout à fait le même mais pas véritablement un autre. Je me sais tout à la fois ici et là-bas, aussi puis-je demander à mon corps physique de puiser en lui l’énergie nécessaire à sa guérison, à son retour à l’équilibre et dans l’harmonie… en même temps que j’implore les Ancêtres, par-delà cette illusion qu’est le temps, de bien vouloir m’apporter leur aide. La chaleur des dernières braises irradie dans ma poitrine – l’aube s’esquisse à l’horizon. Je ferme les yeux tandis que je retrouve mon corps fatigué, je bascule sur le côté et m’endors aussitôt. Heureusement que j’ai mis le réveil à sonner : à huit heures il me rappelle à l’ordre. Je me lève, passe un moment à la salle de bains avant de rejoindre la salle où est servi mon petit déjeuner. Ma gorge est sèche. Je n’ai pas envie de tousser. C’est bien ainsi.