Les grands mimosas qui commençaient tout juste à fleurir n’ont pas résisté à la vague de froid. Ils ont tous gelé. J’ai décidé de les couper à ras et d’arracher les souches pour tenter de les replanter ailleurs – ces mimosas sont là depuis plus de quarante ans, ils ont déjà gelé à plusieurs reprises et ont déjà été coupés à ras tout aussi souvent. Ils ont à chaque fois repoussé avec d’autant plus d’énergie ! La construction du chalet en regard de la façade (arrière, en fait) de la petite maison a modifié la donne quant à cette partie du domaine. Quand j’étais gamin, il y avait un bâtiment en bois à l’emplacement du chalet. C’était à la fois un pigeonnier et un lieu où mes grands-parents entreposaient d’énormes barriques emplies de graines, ainsi que la réserve de boulets de charbon et des outils – mes souvenirs sont lointains. Il y avait un poulailler entre la petite maison et ce bâtiment, donc à la place actuelle des mimosas. Puis ce bâtiment a été démonté (je ne sais pas pourquoi) et le poulailler a été déplacé, reconstruit en beaucoup plus vaste, près de la bambouseraie et de la mare, au sein d’un grand espace clos – à l’époque mes grands-parents élevaient aussi des canards et des oies. Sans oublier les lapins. C’était une vraie petite ferme. Aujourd’hui, les mimosas jaillissent au centre d’un cercle de pierres recouvertes de mousse, dont le rebord intérieur est surligné de dizaines de petits lauriers-sauces apparus au cours des deux dernières années – il y a aussi plusieurs buissons de mélisse et d’absinthe, de petite pimprenelle et de sauge, un pied de lavatères, ainsi que des rosettes de bouillon blanc apparues l’an dernier – c’est une plante bisannuelle, les longues hampes fleuries viendront cet été. Je vais bien sûr conserver cet espace circulaire mis en place par mon grand-père après le déplacement du premier poulailler, au début des années septante. Je me suis toujours considéré comme un humble maillon d’une chaîne de transmission, au sein d’un principe global d’impermanence. De fait, tout change et rien ne dure éternellement – mais rien, non plus, n’apparaît ex nihilo. Il y a bien diverses formes de continuité au sein de l’impermanence. Les changements ne sont que formels. De la menthe, également, devrait réapparaître au printemps. Il va falloir tenir compte de tout ce qui pousse et vit ici afin de réorganiser cet espace de manière respectueuse et dans l’harmonie.