Couché hier soir à 21h — et difficile réveil ce matin à 10h. J’ai dormi treize heures, ce qui chez moi est très inhabituel. Je crois que le froid m’épuise — mais il n’est sans doute pas seul responsable de cette sorte d’engourdissement mental dont j’ai du mal à m’extraire. En début d’après-midi, tournée des popotes — cela consiste à accrocher de nouvelles boules de graines mêlées de graisse à des endroits bien précis : dans les branches des pruniers et des figuiers, dans le feuillage persistant qui entoure le Bouddha de pierre derrière lequel est venu mourir Jean-Hubert – là où les autres chats ne peuvent grimper, en somme. Je vis ici en bon voisinage avec quantité d’animaux que ma présence le plus souvent silencieuse ne semble plus intriguer. L’été, les lézards s’aventurent hors de leurs abris minéraux et s’avancent vers moi de leur démarche saccadée, ils m’observent tandis que je médite et ne prennent pas la fuite quand je me déplace à mon tour. Au printemps dernier, une énorme couleuvre avait élu domicile tout près — je pense qu’elle souhaitait s’installer sous le plancher du chalet mais elle a tout soudain disparu, sans doute chassée par les chats. Les plus familiers sont les oiseaux. Certains quittent le domaine à la fin de l’automne — comme les étourneaux et les loriots. Mais la plupart restent à demeure : bergeronnettes sautillantes, rouges-gorges quasi apprivoisés, moineaux replets, tourterelles sauvages, un roitelet espiègle et une tribu entière de merles effrontés. Sans oublier Félicie, la vieille chouette qui vit dans les ruines de la grange depuis plusieurs années — à une époque, elle partageait les lieux avec un couple de grands ducs. Cette année, les pies ont abandonné les deux nids perchés tout en haut d’immenses peupliers – c’est la première fois qu’elles partent ; ces nids de pies sont occupés depuis que je suis gamin ! Je crois qu’en ce moment, c’est difficile pour tout le monde. En fin de journée, une soudaine fuite d’eau apparaît dans la (future) salle de bains de la petite maison que je suis en train de retaper (un "en train" qui dure depuis plus de deux ans…). Un vieux radiateur en fonte qui n’est plus utilisé depuis une trentaine d’années que cette partie de la petite maison n’est plus habitée (d’où son état !) mais qui est toujours connecté au réseau du chauffage central de la grande maison (il date des années soixante) s’est brusquement fendu. Il faut couper l’eau en urgence sur l’ensemble du domaine — les trois maisons sont connectées à un unique compteur, avec un robinet général. Nous parvenons tant bien que mal à isoler le radiateur mais au moment de refaire le niveau dans l’installation, une vanne dysfonctionne et de l’eau sous pression arrive jusqu’au radiateur dont un élément, cette fois, explose littéralement, libérant une énorme quantité d’eau. En fin de journée, l’eau semble effectivement coupée partout dans la petite maison — mais le sol cimenté de la salle de bains, des toilettes et de la cuisine, est sous dix centimètres d’eau désormais glacée.