J’aime bien Elie Semoun. Son humour et son autodérision, lorsqu’il parle. Sa fragilité quand il chante. En fait, j’ai tendance à apprécier les gens qui ont plusieurs vrais talents et se foutent de cette sale manie, bien française, qui veut qu’on soit ceci ou cela — et non ceci et cela. Sandrine Kiberlain, Yannick Noah, Yves Simon, Eric Cantonna… Grâce à eux, je me sens moins seul. Depuis toujours j’évolue dans le monde de l’édition et dans celui du spectacle. Pire : je ne cesse d’explorer la moindre facette de ces deux univers : écrivain pour la jeunesse et bassiste de jazz un jour, traducteur et compositeur de contes musicaux le lendemain, rédacteur en chef d’une revue de science-fiction et guitariste de rock le surlendemain… Pourquoi faudrait-il choisir ? Pourquoi n’aurait-on pas le droit de vivre plusieurs vies en même temps ? L’année qui vient de s’écouler m’a vu me partager entre la construction et l’aménagement de mon chalet, et la réalisation de plusieurs expositions sur l’Histoire de la SF ou sur l’Île de Pâques. Je réalise bien que cela semble suspect à plus d’un. Rien de bien nouveau. Depuis mon enfance, j’ai droit à des commentaires du genre "Tu ne devrais pas tant te disperser" – comme si vivre intensément impliquait nécessairement de tout faire à moitié et de ne rien finaliser. Oui, rien que pour cela j’aime bien Elie Simoun, humoriste et chanteur. Mais cela ne m’empêche pas d’être agacé quand il se présente, ce jour dans un talk show de La5, comme un "fou de jardinage". Avant de confondre "vivace" (une plante qui vit plusieurs années) et "persistante" (une plante qui conserve son feuillage en hiver). Avant d’expliquer, tout fier, qu’il a, le matin même, ramassé et brûlé les feuilles mortes, avant d’aller acheter du terreau pour planter un camélia ! Mon bon Elie, les feuilles mortes, ça s’entasse dans un coin du jardin… le temps (quelques mois) de se transformer tout naturellement en excellent terreau, parfait pour nourrir la terre, alors que les brûler ne sert qu’à libérer du gaz carbonique ! Mais peut-être, ce soir-là, faisais-tu de l’humour dans un rôle improvisé de bobo parisien se voulant proche de la nature ?