Nombre d'entre vous, amis lecteurs, se sont plaints après la publication l'an dernier des Razzies de la SF, jugeant les propos du responsable de l'époque fielleux, cruels et de mauvais goût. Vous aviez évidemment raison. Rassurez-vous, le coupable, qui bien entendu n'est plus notre ami, a depuis été dûment châtié et croupit actuellement dans le placard d'un micro-éditeur parisien où, paraît-il, il dirigerait une soi-disant collection dont j'ignore tout. Bien fait pour lui.

Or donc, les choses étant rentré dans l'ordre, c'est sous le signe du bon goût, de l'élégance et de la franche camaraderie que s'ouvrent à présent les…

  

Razzies Nineteen Ninety Nine

  

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Le prix du pire roman francophone est remporté haut la main par l'hallucinant Le Père de nos pères de Bernard Werber (Albin Michel), dans lequel l'auteur, entre deux théories fumeuses sur le pouvoir des nombres ou la religion, imagine que l'homme descend non du singe mais du porc. Une chose est sûre : Werber écrit comme un cochon.

 

 

1999-sawyer-mutations.jpgLe prix du pire roman étranger récompense cette année Mutations de Robert J. Sawyer (J'ai Lu Millénaires), ragougnasse utilisant les cordes les plus usées du thriller scientifique, tendance best‑sellers: des héros tellement héroïques, des méchants tellement méchants, des rebondissements tellement prévisibles, et des hectolitres de bons sentiments sirupeux. Blurp…

 

1999-camus-phv.jpgLe prix de la pire nouvelle francophone va à La Nuit des petits hommes verts de David Camus (in Galaxies n°11), nouvelle humoristique pas drôle, écrite dans une langue ressemblant au français sans en être tout à fait. La faute incombe moins à l'auteur, dont c'est le premier texte publié, qu'aux responsables de la fiction francophone de la revue, qui n'ont visiblement pas fait leur boulot. D'autant plus impardonnable lorsqu'on constate que depuis plus d'un an, Galaxies nous a proposé une sélection anglo-saxonne irréprochable. On aimerait la même rigueur dans le choix des fictions francophones.

 

1999-vallorani-choukra.jpgLe prix de la pire nouvelle étrangère revient à Nicoletta Vallorani et son Choukra (in Fragments d'un miroir brisé, Payot SF). On trouve dans cette antho plusieurs textes nuls, n'entretenant souvent que de lointains rapports avec la science‑fiction, mais cette histoire d'amour humano-extraterrestre sur fond de génocide planétaire tient le pompon. Prétentieux, mortellement sérieux, et au final risible.

 

1999-lartigues-galaxies.jpgLe prix de la pire couverture de SF est sans doute l'un des plus difficile à décerner, tant les candidats sont nombreux. C'est pourquoi mon choix s'est porté cette année sur la femme-bombardier d'Hubert de Lartigue, illustrant la couverture de Galaxies n°12 et l'affiche des Galaxiales 99. Non que le dessin soit laid (je l'avoue, j'aime beaucoup Lartigue), mais publier et afficher dans les rues de Nancy une telle peinture, en pleine guerre du Kosovo, voilà qui n'est guère politiquement correct. Monsieur Jean-Pierre Chevènement se serait déclaré profondément choqué, déçu et peiné. Je souhaite que de tels débordements bellicistes ne se reproduisent plus dans l'avenir. Nous aussi, JiPé, nous aussi.

 

1999-nevbruck-sfmag.jpgLe prix du pire article est attribué, pour la deuxième année consécutive, à Henri Loevenbruck et Alain Névant, pour leur éditorial du numéro 2 de Science-Fiction Magazine, dans lequel ils développent l'idée que c'est, je cite, « le cinéma intimiste et d'art et d'essai » qui a tué la science-fiction française. Reconnaissons leur le mérite de l'originalité et posons-nous cette question : va-t-il falloir rebaptiser cette récompense « Prix Nevbruck » ?

 

1999-org-bif13.jpgLe prix Putassier 99 qui, rappelons-le, récompense la publication d'un texte sans intérêt signé d'un nom connu, dans le seul but de coller à l'actualité, s'est joué à un cheveu. Étaient en lice Galaxies et Bifrost, les premiers pour la médiocre nouvelle de Valério Evangelisti, Metallica (in Galaxies n°11), les seconds pour celle, guère meilleure, de Robert Silverberg, Jusqu'à ce que la mort nous sépare (Bifrost n°13). C'est finalement Olivier Girard qui reçoit cette récompense tant convoitée, puisqu'au moment où Evangelisti et Silverberg participaient aux Galaxiales, Bifrost était encore chez l'imprimeur! Caramba, encore raté !

 

Last but not least, le Grand Master Award (ex-prix spécial du jury) honore cette année Jean-Claude Dunyach en rose fluo. Aucun des participants à la dernière Convention de SF (à Lodève) ne s'est tout à fait remis de l'affligeant spectacle auquel il a assisté lors du banquet final, à savoir le strip-tease de Jean-Claude Dunyach, le corps entièrement peint en rose fluorescent. Pour sa défense, celui-ci aurait affirmé qu'il n'était pas à demi-nu, mais simplement déguisé en AnimalVille. Ce à quoi Ayerdhal, co-auteur avec le susnommé d'Étoiles mourantes, aurait répondu qu'il préférait être aveugle plutôt que de voir ça, avant de se planter un stylo-bille dans les orbites. Nos condoléances aux familles.